CAEN du 22 mars 2017 - 1/2

Déclaration liminaire de la FSU au CAEN du 22 mars 2017.

Article mis en ligne le 23 mars 2017
dernière modification le 19 avril 2018
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Le contexte dans lequel se déroule cette préparation de rentrée est particulièrement
inquiétant pour la Fonction Publique. Aux discours réactionnaires qui l’emportent
dans le débat public s’ajoutent des attaques particulièrement abjectes contre les
fonctionnaires et c’est la conception de la Fonction Publique elle-même qui est
remise en cause. Ainsi, il est inacceptable d’entendre une candidate faire la
promotion du « fonctionnaire patriote » (notion qui n’a par ailleurs pas de sens) et
menacer les personnels qui remplissent leurs missions de service public. De même
qu’il est inacceptable d’entendre un autre candidat dénigrer l’action des
fonctionnaires et remettre en cause le principe de séparation des pouvoirs. Les
agents publics sont les garants de l’intérêt général, et c’est bien leur statut qui
garantit un égal traitement de tous/tes les citoyen-nes devant la loi et l’accès au
Service Public.
Les perspectives de saignée de postes de fonctionnaires, alors que les besoins vont
croissants, sont particulièrement préoccupantes. Les objectifs annoncés, que l’on
peut qualifier de farfelus, de supprimer 500 000 postes pour l’un, 120 000 pour un
autre des candidats visent à affaiblir l’État, les services publics et à remettre en
cause l’égalité des droits des citoyens. Nous tenons à le dire solennellement : une
attaque contre les fonctionnaires et leur statut, c’est une attaque contre la
République.
L’Education Nationale, et nous insistons sur son caractère national, a un rôle
particulièrement important à jouer en terme d’égalité, de développement de la
citoyenneté et d’accès à une culture commune. Elle est adossée à la laïcité comme
colonne vertébrale de notre République.
Nous nous interrogeons, Mme la Rectrice, sur le bien-fondé de l’expérimentation de
la « trousse à projets » lancée par le Ministère, qui, sous couvert de « mécénat
vertueux », fait appel à des fonds privés. Nous vous interpellons aussi sur le
développement des mini-entreprises dans l’académie. Il y a là pour nous une
véritable dérive du système éducatif, de ses objectifs tels qu’ils sont définis dans la
loi de 2013, et une perte de sens du rôle de l’École. Les élèves n’ont-ils pas mieux à
faire que « d’entreprendre pour apprendre », alors qu’ils ont 16 ans minimum à
passer à l’école, contre 40 ans dans les entreprises ? L’Ecole est là pour inculquer
aux élèves une culture commune ouverte qui leur permette de penser librement et
d’avoir les capacités pour exercer leur esprit critique. Nous refusons qu’on y
substitue la soi-disant culture de « l’esprit d’entreprise » définie par des
représentants du patronat. Que n’entendrait-on pas si nous nous avisions de
revendiquer le développement de « l’esprit du syndicalisme » à l’école ? Nous
continuerons de militer pour une formation ambitieuse de nos élèves comme futur-es
citoyen-nes, une formation qui ne saurait être limitée à l’insertion dans l’emploi et
réduite à l’employabilité. L’Ecole est bien plus que cela.
Les entreprises sont déjà bien présentes dans les établissements, dans le cadre de
partenariats divers. Ses représentants quels qu’ils soient doivent y intervenir dans le
cadre des textes qui encadrent leur intervention, comme pour tous les intervenants
extérieurs aux établissements. Ils doivent en particulier respecter l’article 6 de la
Charte de la laïcité à l’école, que nous citons : « la Laïcité de l’école offre aux élèves
les conditions pour forger leur personnalité, exercer leur libre arbitre et faire
l’apprentissage de la citoyenneté. Elle les protège de tout prosélytisme et de toute
pression ».
En liaison avec l’ordre du jour de ce CAEN, les représentant-es de la FSU sont
particulièrement inquiets de l’impact des orientations qui pilotent la carte des
formations 2018/2020 et le projet de CPRDFOP, qui s’inscrivent dans un contexte de
dévoiement des missions du Service Public d’Education au profit du développement
économique régional et des besoins des entreprises locales.
Ils le sont d’autant plus qu’ils ont découvert récemment les orientations portées par
« Régions de France » (dont le président de notre région est aussi le président
délégué), concernant le Service Public d’Éducation et les établissements scolaires.
Les 8 propositions aux candidats à la présidentielle éclairent la lecture de ces deux
documents qui ont tendance à ignorer les objectifs de la formation initiale scolaire en
leur substituant ceux de l’apprentissage.
Ses propositions telles que :
- le transfert de la carte des formations de l’enseignement général et
technologique et du post-Bac, le renforcement de l’alternance au lycée
professionnel
- la présidence des CA par un chef d’entreprise
- la régionalisation de l’orientation scolaire
- la mise en cause du statut de fonctionnaire et le développement de la
précarité
sont inacceptables et de nature à remettre en cause le principe d’égalité d’accès des
jeunes à la formation initiale sur l’ensemble du territoire, puisque celle-ci dépendrait
de plus en plus des politiques régionales et des besoins des entreprises locales.
Plus globalement, les huit propositions se coulent dans un libéralisme forcené, avec
la volonté de restreindre le rôle de l’État à la portion congrue et visent – sans
démarche démocratique – à transformer le pays en une fédération de régions, c’est à
dire, n’ayons pas peur des mots, en une République fédérale à la française.
Rappelons ici que la seule fois où le peuple a été consulté sur la régionalisation,
c’est le « non » qui l’a emporté.
Or les orientations portées par RF n’ont fait l’objet d’aucun débat démocratique dans
notre région, qui prône pourtant la démocratie participative. L’élaboration du
CPRDFOP était pourtant l’occasion de le faire !
Pour la FSU, l’Education doit rester Nationale, et non être régionalisée. Nous
conclurons sur notre conception profondément humaniste de la formation
professionnelle. Nous ne pourrons pas dire mieux qu’Edouard Herriot, dans une
circulaire de 1926. Voici ce qu’il écrivait : « En droit, l’ouvrier est aussi un citoyen et
un homme. Comme tel il n’est pas un moyen mais une fin ; il doit non seulement être
capable de produire, mais aussi de penser ; il a droit à la culture par laquelle on
devient homme, c’est-à-dire un être libre »




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